Une journée particulière. Alexia Raphael, Psychologue

Alexia Raphael est Psychologue clinicienne, hypnothérapeute, Institut Paoli-Calmettes, Centre de lutte contre le cancer.

Une journée particulière où Alexia nous invite à partager son quotidien de psychologue.

9 heures : entrée dans l’Institut Paoli-Calmettes, s’érigeant tel un paquebot blanc immaculé, sept étages, des couloirs qui s’élancent parfois vers la mer azur, 350 chambres dont les fenêtres s’ouvrent sur la Bonne Mère ou les collines, le soleil, souvent invité, éclaire les visages nus. Les personnes amarrées ici vivent l’expérience d’attendre puis de recevoir leur « soin » pour en subir les désagréments. « Les sourires du corps soignant allègent la peine », disent-ils.

9 h 30 : heure du début de ma consultation, un bâtiment satellite, les fauteuils rouges, des madeleines à volonté, trois étages de bureaux d’annonce de cancer, de récidive, de rémission. Deux bureaux psy, quatre psychologues, un pédopsychiatre, 5 000 consultations annuelles, 2 000 ici, 3 000 au chevet du patient.

J’ai rencontré Isabelle, 55 ans, une fois, lors de sa première cure en hospitalisation, elle revient me voir aujourd’hui. Elle s’installe droite comme un « i », alors moi aussi, la cinquantaine, les yeux bleus :

« J’ai un cancer stade 4, je sais que je vais mourir mais le scanner révèle une régression de la tumeur primitive. J’étais contente mais mon problème est que mon oncologue considère que cela ne présage rien de plus.

– Pour vous c’est différent, vous êtes contente de cette régression, n’est-ce pas ?, lui dis-je.

Oui, répond-elle.

Alors, qu’est-ce qui fait que vous accordez plus d’importance à la parole médicale qu’à ce que vous pensez et ressentez ? Est-ce que vous allez bien cliniquement ?

Oui, très bien.

Vous savez, il arrive aussi parfois aux médecins et aux soignants d’être déprimés… 

– Elle rit : oui, c’est ce que j’ai ressenti…

Donc, quels sont vos projets ?

Je n’en fais plus, je voudrais partir en vacances.

Alors, qu’est-ce que vous attendez plutôt que de partir en vacances ?

Je voudrais être à Noël avec mon ami mais je dois aller chez mes parents qui habitent loin, je suis leur fille unique. Depuis toutes ces années, ils n’invitent jamais mon compagnon car ils ne l’acceptent pas.

Ils ne le connaissent pas ?

Non.

Qu’est-ce qui est plus important aujourd’hui pour vous ? »

L’expression non verbale révèle alors une attitude « d’aller vers ». Elle clôture la séance d’elle-même et me dit qu’elle est enthousiaste à l’idée d’annoncer qu’elle va passer les fêtes avec son « mari ». Elle me rappelle quelques jours plus tard, pour me dire qu’elle passera Noël en couple pour la première fois. Cet entretien de recadrage par hypnose conversationnelle atteste d’une évolution dans le discours, d’ami son compagnon devient son mari assumé, et aussi d’insuffler de la référence interne dans le positionnement à l’égard du médecin et dans ses priorités.

10 heures : je rencontre Katia, 48 ans, avec son mari.

« J’ai perdu connaissance les deux IRM précédentes et l’examen n’a jamais pu être réalisé, je viens vous voir pour que vous m’hypnotisiez durant l’IRM prévue dans une heure.

Vous n’aurez pas besoin de moi ! Vous le faites déjà vous-même quand vous perdez connaissance. Votre inconscient est extrêmement puissant, je suis impressionnée ! Votre inconscient est donc capable de produire un état de conscience modifié naturellement et profondément, n’est-ce pas ?

Oui, il semblerait.

Etes-vous claustrophobe ?

Parfois dans les ascenseurs, je ne suis pas à l’aise, répond-elle.

Vous n’êtes donc pas claustrophobe. Vous semblez être une personne extravertie, qui aime la vie et en même temps très sensible, au point parfois de vous absenter quand cela ne vous convient pas ?

Oui, répond-elle.

Donc le défi à relever n’est pas tant de rentrer dans l’IRM que d’y rentrer tout en étant très consciente ?

Oui, c’est ce que je voudrais. » (Validation d’un objectif paradoxal.)

Je demande à son mari de quitter la pièce, l’angoisse de la patiente émerge brutalement, la respiration est haletante, les mains tremblent.

« Vous avez l’air très stressée soudainement, est-ce moi qui vous stresse, voulez-vous que je m’en aille ?

Non, non, un rire éclate, restez ! 

Alors préférez-vous que ma stagiaire quitte la pièce, elle est un peu gênante parfois. (Nouvelle rupture de pattern, elle rit d’autant plus.)

Non, elle a l’air très gentille !

Je me rapproche de cette patiente très kinesthésique, positionnée en quinconce, synchronisation l’une à l’autre.

Rappelez-vous, il y a du bruit dans l’IRM, si c’était un bruit retrouvé dans la nature, quel serait-il ?

Des bûcherons qui coupent du bois.

Racontez-moi ce que ce que vous vivez quand vous rentrez dans l’IRM.

Eh bien, il n’y a plus d’air.

Ah ! vous me dites donc que tous les jours les milliers de personnes qui rentrent dans les IRM dans le monde, tombent comme des mouches par asphyxie ?

– La patiente est interloquée et rajoute : le problème c’est quand la plaque se rapproche de mon visage.

Faites-vous partie de ces gens qui assimilent cette situation à celle d’être dans un cercueil ? » Katia explose en larmes, l’angoisse émerge rapidement et fort, elle explique que depuis l’annonce de la maladie, elle est obsédée par la mort dès que la nuit tombe. Je travaille alors les sous-modalités : la sensation dans le corps, « c’est noir », je peux vous l’emprunter quelques instants ?, je prends « la grande forme » entre mes mains.

« Si elle devient plus petite, qu’est ce qui change ? 

C’est mieux », répond-elle.

La forme devient une toute petite boîte avec un cœur à l’intérieur, symbolisant l’amour de et pour sa filleule. Cette transformation se fait dans un flot de paroles d’induction. Je le lui remets la petite boîte, en lui suggérant que sa main la posera à l’endroit de son corps qui a besoin de cette ressource. Avec son autorisation, je pose ma main sur son genou. La patiente est déjà en transe hypnotique, et le bras en catalepsie.

Lire la suite

 

Le carnet de bord : un outil pour provoquer le changement ?
Où le patient-capitaine note ses étapes, les changements. Jusqu’à notre prochaine rencontre, je vais vous demander de vous munir d’un petit carnet, que vous devrez garder sur vous en permanence, où que vous soyez. A chaque fois que votre problème commencera à se manifester, vous sortirez immédiatement votre carnet et vous noterez tout ce qui se passe, en suivant scrupuleusement les instructions qui y figurent, dans les moindres détails.

 

Entretien du Dr Patrick Bellet par le Dr Gérard Fitoussi
Soin de la dépression. La Maison du MOI. Carlos Manuel P. Castro 
L’auteur présente son travail avec les personnes déprimées et la façon dont il combine des tâches de différentes natures : reprise de contacts sociaux, du mouvement, ouverture aux parfums. Il partage ici le script qu’il utilise souvent dans la phase initiale de son travail avec les personnes déprimées.

 

Entretien du Dr Patrick Bellet par le Dr Gérard Fitoussi
Hypnose: Au service de nos grands aînés. Dr Marie Floccia et Fabienne Bidalon
Partir au bal ? Pourquoi pas ? L’hypnose, définie par Milton Erickson comme « une relation pleine de vie qui a lieu dans une personne et qui est suscitée par la chaleur d’une autre personne », a toute sa place auprès de la population âgée. En effet, le quotidien de la médecine gériatrique est grevé de polymédication et d’iatrogénie poussant le soignant à chercher des solutions non médicamenteuses mais aussi des solutions plus humaines et moins techniques.

 

Entretien du Dr Patrick Bellet par le Dr Gérard Fitoussi
Une Note. Selon François Roustang. Sylvie Le Pelletier 
Une Note, c’est ainsi que ce billet sera nommé. Une note, comme une note de musique ; la musique, essentielle à François Roustang, porte les silences et les mesures, les harmonies et les dysharmonies, telle, aime-t-il à citer après d’autres, la « musique des astres ».  L’harmonie avant toutes choses. En effet, c’est ici la première note qui ouvre au travail de François Roustang.

 

Entretien du Dr Patrick Bellet par le Dr Gérard Fitoussi
En cancérologie. Dr Lauriane Bordenave
Cancérologie, Oncologie : je ne sais pas vraiment quel mot utiliser. Dans Cancer, on entend Hippocrate qui compare la maladie à une bête rampante comme le crabe ou le chancre. Dans Oncologie, on entend quelque chose d’un peu plus neutre, d’un peu moins maléfique, la science des tumeurs. Dans l’un comme dans l’autre, se dessine quelque chose d’innommable qui grossit dans le corps et met la vie en danger de manière indicible.

 

Entretien du Dr Patrick Bellet par le Dr Gérard Fitoussi
Une journée particulière. Alexia Raphael, Psychologue
Une journée particulière où Alexia nous invite à partager son quotidien de psychologue. 9 heures : entrée dans l’Institut Paoli-Calmettes, s’érigeant tel un paquebot blanc immaculé, sept étages, des couloirs qui s’élancent parfois vers la mer azur, 350 chambres dont les fenêtres s’ouvrent sur la Bonne Mère ou les collines, le soleil, souvent invité, éclaire les visages nus. Les personnes amarrées ici vivent l’expérience d’attendre puis de recevoir leur « soin » pour en subir les désagréments.

 

Entretien du Dr Patrick Bellet par le Dr Gérard Fitoussi
Écouter les mots. Anne-Sophie Bounié
Lorsque les patients suivis en oncologie parlent du cancer, des traitements et de leurs effets secondaires, ils utilisent souvent les mêmes expressions. Plus que de simples tournures de phrase, elles renseignent l’hypnothérapeute sur les représentations du patient et sur les efforts d’adaptation qu’il déploie pour faire face à l’intrusion du cancer, de ses traitements et de leurs effets indésirables dans sa vie.

 

Entretien du Dr Patrick Bellet par le Dr Gérard Fitoussi
Cancer, stress et hypnothérapie. Dr Fabrice Lakdja
Comment vivre avec la vulnérabilité et la fragilité engendrées par l’épreuve du cancer ?  Darwin prétendait-il avec raison que les espèces qui survivront ne seront ni les plus fortes ni les plus intelligentes mais celles qui sauront s’adapter ? Le contexte de la maladie oncologique ne correspond-il pas à une situation particulière pour laquelle l’adaptation est nécessaire pour s’assurer la meilleure qualité de vie possible voire la survie ?

 

Entretien du Dr Patrick Bellet par le Dr Gérard Fitoussi
Hypnose et anesthésie : « Dormez, je le veux ? ». Dr Aurore Marcou
Bouleversement des repères, séisme personnel, familial et social, le cancer est une épreuve de vie. Une épreuve qui nous fait percevoir notre vulnérabilité, notre finitude, de plein fouet. Comment pouvons-nous aider, nous, soignants de passage, sur un tel chemin ? Quelle légitimité avons-nous, nous qui sommes souvent naïfs de toute épreuve ? Comment prendre soin de l’autre dans son entier quand nous n’avons appris qu’à ausculter les corps ?

 

Entretien du Dr Patrick Bellet par le Dr Gérard Fitoussi
Un abandon. Par Vanessa C., une patiente
Je vis l’hypnose comme un abandon. Un abandon de moi, un abandon de la maladie, un abandon total. Durant ces quelques minutes précieuses pendant lesquelles je suis dans cet état second, je ressens un véritable relâchement du corps et de l’esprit. Pour ce faire, il faut à mon sens deux composantes essentielles. La première étant bien évidemment d’être réceptif à cette pratique. Ce qui n’est pas forcément évident pour tout le monde.

 

Entretien du Dr Patrick Bellet par le Dr Gérard Fitoussi
« Prenez place ». Dr Stefano Colombo
Avec les chaleurs de l’été, je ne me le fais pas dire deux fois. Je n’ai même pas besoin d’y foncer, je suis déjà à l’entrée de mon marchand de glaces avec toute la patience nécessaire pour supporter avec sérénité la queue qui s’est formée devant son comptoir. Ses glaces sont excellentes, distribuées dans, sur et presqu’autour du cornet. Seule ma langue frémit d’impatience.

 

Entretien du Dr Patrick Bellet par le Dr Gérard Fitoussi
Le point de vue de la guérison. Dr Adrian Chaboche
Chers lecteurs, certains patients nous exposent à des situations parfois bien singulières. Si votre souvenir vous porte au précédent numéro, « L’odeur de la guérison » vous aura peut-être surpris, dérangé, ou fait rire. Tout à la fois peut-être aussi. Je vous rappelle que vous pouvez interagir entre chaque numéro en adressant à la rédaction ou à l’adresse mail de votre auteur vos remarques, questions, et, surtout, expériences personnelles que nous pourrons publier.

 

Entretien du Dr Patrick Bellet par le Dr Gérard Fitoussi
L’entretien d’explicitation. Dr Dina Roberts
Comment améliorer l’étude de l’hypnose ? Il semble indispensable de développer des recherches qualitatives pour décrire la façon dont les patients vivent la séance d’hypnose. L’entretien d’explicitation pourrait être une aide pour recueillir le vécu subjectif des sujets. L’entretien d’explicitation est éclairant à la fois par ses outils pratiques et par la démarche même qui a guidé son élaboration.

 

Entretien du Dr Patrick Bellet par le Dr Gérard Fitoussi
Entretien du Dr Patrick Bellet par le Dr Gérard Fitoussi
Bonjour Patrick, quel a été ton parcours personnel avant que tu ne t’intéresses à l’hypnose ? 
Patrick Bellet : Mon intérêt pour l’hypnose remonte à l’âge de 12-13 ans lorsque, par hasard, j’ai découvert dans la revue Planète à la fois l’existence de l’acupuncture et de l’hypnose. Intéressé par les sciences naturelles en général, cette lecture m’orientera vers des études médicales qui elles-mêmes, d’évidence (!), prendront conjointement la forme de l’acupuncture et de l’hypnose.

 

Entretien du Dr Patrick Bellet par le Dr Gérard Fitoussi
Livres en bouche. Dr Julien Betbèze
Yves Gros-Louis, psychologue canadien et Huron-Wendat, nous permet de découvrir le lien entre la sagesse des premiers Indiens d’Amérique et l’approche centrée solution. Chez ce psychologue spécialisé en toxicomanie, la découverte en 1994 de l’approche brève orientée vers les solutions fut un électrochoc. Les rencontres avec ses clients sont devenues très agréables et détendues.

 

Entretien du Dr Patrick Bellet par le Dr Gérard Fitoussi
La Corse sous Hypnose. Dr Marc Galy
Les 26 et 27 mai dernier, le 11e Colloque de L’AFEHM a eu lieu en Corse. Premier congrès consacré à l’hypnose dans l’Ile de Beauté. Pour cela, Jean-Marc Benhaeim avait choisi des thèmes centraux : la présence, l’expérience, le silence. Nous étions une centaine de soignants de spécialités et d’orientations diverses. Les temps d’échanges furent nombreux.

 

Entretien du Dr Patrick Bellet par le Dr Gérard Fitoussi
Rééducation, douleur, anesthésie. Dr Adrian Chaboche et Dr Lauriane Bordenave
Associer l’hypnose, kinésithérapie et MEOPA (gaz utilisé pour obtenir une sédation légère, courte et sans perte de conscience) améliore significativement la prise en charge du syndrome douloureux régional complexe de type 1 (SDRC, anciennement algoneurodystrophie) de la main et du poignet.

 

Entretien du Dr Patrick Bellet par le Dr Gérard Fitoussi
Lettre ouverte à Madame la Ministre des Solidarités et de la Santé
Après un avis défavorable de l’ANDPC sur l’enseignement de l’hypnose aux infirmiers et un nouveau dénigrement de l’hypnose médicale dans un article du Quotidien du Médecin du 30 mai dernier, le Dr Frédérique Honoré, présidente de l’Institut Milton Erickson de Biarritz, a écrit une lettre ouverte à Madame Agnès Buzyn, Ministre des Solidarités et de la Santé.

Hypnothérapeutes à Paris