Quand la beauté nous sauve. Dr Thierry Servillat, Rédacteur de la Revue Hypnose & Thérapies Brèves

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Le titre du dernier livre de Charles Pépin, jeune (40 ans) professeur de philosophie, ne pouvait que m’interpeler. Surtout avec le Jaune et or de Mark Rothko en couverture. Si comme moi vous n’avez pas encore de culture dans ce champ difficile qu’est l’Esthétique, ce livre est pour vous.

La première phrase : « Commencez par imaginer une femme…» démarre fort pour nous hypnothérapeutes. L’auteur nous propose d’avoir affaire à quelques humains qu’il met en situations afin d’illustrer, mais aussi manifestement de penser son propos qui explore la question : que peut-on attendre de la beauté ?

Pour Charles Pépin, nous pouvons en attendre beaucoup. Elle peut nous aider à vivre, par des effets qui sont généralement d’abord superficiels tout en, paradoxalement, nous touchant profondément.

D’abord un certain apaisement, thèse de Kant : devant la beauté, notre entendement et notre perception « jouent » à se renvoyer leur accord mutuel, le plaisir esthétique se trouvant alors défini comme une harmonie interne de l’être humain qui apporte la confiance en soi dans le « savoir s’écouter » , aboutissant généralement au partage avec les autres et la construction d’un « nous ». Un tel jugement réfléchissant qui peut fortement avoir avec l’intuition, qui nous rappelle que nous pouvons être  créateurs, « qui nous donne la confiance au cœur de l’émotion », « lève le voile du doute » et nous fait sentir qu’il y a là de la vérité. Musarder dans la campagne est ainsi  un excellent entraînement à former son « jugement réfléchissant », son intuition. Car « l’intuition, c’est le moment où la raison  se met à voir », repasse par le corps et  résonne, éclairée par le corps. Elle permet  un instant d’arrêt, pur plaisir d’être là. Absence de concept, désintéressement, absence de finalité. Nous sortons du monde pour réussir finalement à l’habiter. Tout cela par surprise. Même si aussi, la beauté peut atteindre le sublime et nous déranger, au sens plein du mot.

Quittant Kant pour qui la beauté n’a pas en elle de sens, l’auteur s’aide ensuite  d’Hegel pour envisager l’existence d’une réelle pensée corporelle.  Lorsque nous sommes touchés par certaines formes visuelles mais aussi certains sons, ces formes nous révèlent un sens. Un sens qui entre en nous à notre insu, et qui véhicule des valeurs auxquelles nous allons corporellement nous ouvrir. Cette symbolisation n’est généralement dans une oeuvre d’art pas trop marquée afin qu’une légèreté demeure (rappelons-nous que nous musar- dons et ne nous prenons pas trop, nous, au sérieux !). De ce fait nous pouvons nous mettre en danger avec une beauté qui véhiculerait des valeurs très loin des nôtres ! Notre cheminement esthétique est une aventure fortement spirituelle qui peut donc mal se terminer ou aboutir à un « agrandissement de notre intériorité » qui nous rendra plus vivants.

De tels éclairages nous aident à comprendre certains enjeux thérapeutiques de la transe, l’importance de la dimension esthétique dans le processus de l’hypnose thérapeutique. Nous sommes au cœur d’un concept fondamental : le symbole nous montre comment le superficiel peut nous modifier en profondeur. Cela nous confirme l’importance de communiquer par les symboles avec l’inconscient de nos patients (et le nôtre !). La beauté nous aide à arrêter de penser, et aussi à penser autrement. Et Charles Pépin qui ne semble pas connaître Erickson, de se demander : et si ces deux apports étaient une seule et même chose ?

Passé si prêt de notre pratique hypnotique – notamment des propos développés par Rossi sur l’importance de la beauté en hypnose, qu’il relie comme Hegel à la Vérité – l’auteur s’éloigne ensuite pour étudier Freud et sa « sublimation » qu’il propose de considérer comme le concept central du freudisme.

Enfin, fort logiquement, Pépin termine sur ce qui reste incompréhensible, mystérieux, en reprenant la thématique du début, que nous pouvons qualifier d’hypnotique : la beauté nous transporte ailleurs « et nous parlant d’ailleurs nous aide à être ici », intensifiant notre présence au monde, notamment lors de ce temps intégratif essentiel que constitue la réorientation après la transe. Comme l’a magnifiquement écrit François Julien : « L’homme est l’être qui porte en lui de l’ailleurs… »

Un livre riche, facile à lire et qui nous invite à proposer l’exercice suivant :

– s’installer suffisamment confortablement

– laisser venir un souvenir d’un moment intense de beauté

-le revoir ou le revivre en observant

– vous réorienter, vous reconnecter avec l’endroit où vous vous trouvez

– facultatif : identifier ce qui vous a touché le plus dans l’expérience

– encore plus facultatif : quelles formes vous ont le plus ému ? Que veulent-elles vous dire?

Bien sûr vous pouvez faire l’exercice dans un musée ou devant un lac de montagne !

 

Dr THIERRY SERVILLAT

Rédacteur en Chef de la Revue Hypnose & Thérapies Brèves

Psychiatre. Pratique l’hypnose et les thérapies brèves au CITI (Rezé).

Enseignant assure des formations à l’IFH à Paris Institut Français d’Hypnose

Président de l’Institut Milton H. Erickson de Rezé. (Nantes)

Ancien président de la CFHTB. Formateur et conférencier.

Coordinateur et co-auteur de Psychothérapies : une approche plurielle (Masson).

Rédacteur en chef d’ HYPNOSE & Thérapies brèves.

http://www.rime44.com/

http://www.hypnose-ericksonienne.org/Intistut-Milton-H-Erickson-de-Reze-44_a472.html

 

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DIS POURQUOI – Dr Thierry Servillat

Jeune adolescent, Milton Erickson se levait la nuit pour s’occuper du journal de son lycée. Puis se recouchait après avoir écrit des articles qu’il découvrait le matin suivant à son réveil. Il est 22h26. Je ne suis pas trop en transe. Je vais essayer sa méthode pour écrire cet éditorial. Sur quoi pourrais-je le faire ? Qu’est-ce qui m’amusé aujourd’hui ? J’ai bien ri avec ma dernière patiente tout à l’heure, adolescente en proie à des crises de boulimie (sans vomissements). Elle m’a demandé si elle pouvait aller dans du « fantastique », je lui ai donné l’autorisation, puis lui ai simplement proposé, une fois entrée en transe, de monter en montgolfière, verticalement et lentement, pour atteindre les nuages « roses et gris ».

A LA MANIERE DE – Dr Philippe AÏM

POUR VOIR UN PEU PLUS LOIN ? Premier à répondre à Dominique Megglé, c’est avec respect que Philippe Aïm triture la parole du maître. Avec audace aussi, il conjugue humilité et fierté pour contribuer à penser la question de la transmission entre générations. 2007 : Au moment du forum de Liège, je suis interne à Nancy. J’ai à peine 27 ans et je vais découvrir l’hypnose en m’inscrivant au D.U. d’hypnose médicale de Paris VI. Je me prends virtuellement une baffe en écoutant Roustang parler de l’hypnose et je « tombe dans la marmite». J’achète les premiers numéros de la revue HYPNOSE & Thérapies Brèves, et le premier article que je lis est le premier du numéro 1 : « Les thérapies brèves » par D. Megglé. Le style est percutant et attractif, les idées me passionnent. J’entame une autre formation l’année suivante à l’hypnose et aux thérapies brèves à Nantes et je me mets à pratiquer autant que possible.

TRANSE, RIPAILLES ET EMERGENCE – Béatrice Dameron

ECLAIRAGE NARRATIF. Un deuxième et dernier (pour ce numéro en tout cas !) apport eu débat, envoyé spontanément (comme le précédent) par une praticienne de la thérapie narrative. Et qui le nourrit ! Un triple merci à D. Megglé : Pour avoir instillé dans son article la vivacité nécessaire pour réveiller la torpeur des premières chaleurs estivales et saluer ainsi la sortie de la « période sèche » de l’hypnose, celle des unanimismes illusoires qui durent ce que durent les temps de crise. Pour offrir à nos synapses une bonne controverse, et donc l’occasion de pratiquer quelques étirements qui nous réchaufferont jusqu’aux premiers frimas. Rien de tel en effet qu’une querelle des Anciens et des Modernes pour enflammer derechef le débat à coups de surenchères, et offrir un boulevard aux professions de foi adverses ou autres revendications en intégrisme supérieur.

THERAPEUTES EN EXERCICE – Dr Fabienne Kuenzli

S’AFFRANCHIR DES IDÉES RESTRICTIVES. Un exercice à appliquer en supervision de groupe ou avec des professionnels de l’aide en proie à des difficultés. Pour élargir nos possibilités d’être utiles. La critique postmoderne a tenté de nous rendre sensibles à l’influence des idées sur nos pratiques. Jacques Derrida, en parlant de « pratiques déconstructives », nous engage constamment à prendre une position réflexive pour observer l’effet de certaines idées sur nos pratiques. Depuis 1994, j’ai utilisé la notion d’idées restrictives dans ma pratique et mes enseignements, sans la formaliser, pour décrire comment et en quoi certaines idées pourraient influencer nos pratiques. C’est aujourd’hui chose faite et voilà baptisées les nouvelles idées restrictives et leur ribambelle d’influence. Nous appelons « idées restrictives » des idées que nous avons tous reçues, parfois malgré nous, et qui limitent notre relation au monde.

UNE FAIM EN SOI – Cynthia Drici

HYPNOSE ET PROBLEMES DE POIDS. L’hypnose peut avoir une place de choix dans la thérapeutique des problèmes de surpoids et d’obésité. A condition qu’elle prenne délicatement en compte la pluralité des besoins du patient. Cynthia Drici nous montre comment cela peut être entrepris dans le contexte habituel ainsi que celui après une chirurgie bariatrique. S’il est vrai que chaque patient est différent, il y a des problématiques qui sont, elles, très récurrentes et similaires. En effet, tout comme il est fréquent de se voir adresser un patient pour un sevrage tabagique, il est également tout à fait courant de recevoir en consultation un patient (qui la plupart du temps sera d’ailleurs une patiente) qui souhaite « faire de l’hypnose pour perdre du poids ».

ZONE DE CONFORT – Thierry Zalic

LA FACILITÉ D’ÊTRE BIEN. Beau travail d’écrivain thérapeute, autour de l’apport quantique au sein des thérapies brèves. A tout moment, l’individu a le choix d’être bien (ou le mieux possible). Rien ne l’en empêche. C’est à partir de cette proposition, vraisemblable ou non, qu’une part de ma pratique a vu le jour. Elle s’est imposée à moi naturellement, comme un jour la transe pénètre celui qui l’a longtemps cherchée. Quand mes confrères multiplient les séances, une à trois séances suffisent pour que la vie s’allège. Le patient ne comprend plus comment il a pu en être autrement. Lecteur, ne crois pas là à une forfanterie; je témoigne comme il m’intéresse énormément de te voir témoigner.

HYPNO-PHILO : QUAND LA BEAUTE NOUS SAUVE – Dr Thierry Servillat

Le titre du dernier livre de Charles Pépin, jeune (40 ans) professeur de philosophie, ne pouvait que m’interpeler. Surtout avec le Jaune et or de Mark Rothko en couverture. Si comme moi vous n’avez pas encore de culture dans ce champ difficile qu’est l’Esthétique, ce livre est pour vous. La première phrase : « Commencez par imaginer une femme…» démarre fort pour nous hypnothérapeutes. L’auteur nous propose d’avoir affaire à quelques humains qu’il met en situations afin d’illustrer, mais aussi manifestement de penser son propos qui explore la question : que peut-on attendre de la beauté ?

QUIPROQUO, MALENTENDU ET INCOMMUNICABILITÉ : « AUCUNE IDEE » – Dr Stefano Colombo et Muhuc

– Allô, docteur Reçoit ?
– Bonjour, je regrette mais, actuellement, je ne reçois pas.
– Non, je veux dire : êtes-vous bien le Dr Reçoit ?
– Ah, oui ! Bien sûr : Reçoit en personne.
– J’espère ! Vous n’allez quand même pas consulter par courriel ou Skype.
– Je voulais dire que c’est bien le Dr Reçoit en personne qui vous répond.
– Permettez-moi une question : comment peut-on être médecin et avoir un tel nom?
– Aucune idée.
– Comment aucune idée ?
– Vrai ! Vous avez raison : comment peut-on avoir « aucune idée « si on n’en a pas.
– On n’en a pas de quoi ?
– D’idée justement !

RECHERCHE : L’HYPNOSE SUR LA VOIE DE LA SUBJECTIVITE – Antoine Bioy

Commençons par une étude épidémiologique d’envergure (Purohit et al, 2013), qui montre que l’hypnose, avec d’autres thérapies « corps esprit » (selon la classification OMS), est un recours spontané pour les patients ayant des troubles neuropsychiatriques (anxiété, dépression, insomnie, maux de tête, troubles de la mémoire, déficits attentionnels, troubles du sommeil journalier). Ainsi, sur plus de 23000 patients, un quart ont recours à ces thérapies complémentaires contre 15% dans la population générale. Les chercheurs montrent également que plus les patients ont de symptômes, et plus ce recours est important. La raison la plus souvent invoquée par les patients est un manque d’efficacité des thérapeutiques médicales traditionnelles. Pour autant, 70% des patients ne parlent pas de ce recours aux thérapies « corpsesprit » à leur médecin.

COINCIDENCES : L’URGENCE DE LA CRÉATIVITÉ – Olivier Prian

Bon anniversaire ! 10 ans déjà ! A cheval sur les années 2002 et 2003, l’effectif au grand complet du service des urgences de la Clinique La Sagesse à Rennes (soit une trentaine de professionnels de santé – infirmières, surveillante, aides soignantes, médecins – et les secrétaires pour la première partie) a suivi la formation « hypnose et douleur aigüe ». Ce fut, est-il besoin de le dire aux lectrices et lecteurs avertis de cette revue, une expérience des plus riches et particulièrement stimulante sur un plan créatif. Chaque session a été l’occasion de découvertes, de déséquilibres et d’apprentissages, en route vers un changement dont nous ne mesurions pas l’ampleur. Un questionnaire distribué un an plus tard soulignait ce changement des pratiques professionnelles à l’unanimité.

CUISINES ET MERVEILLES : MELONGENE, UNE ENIGME – Joëlle Mignot

Avez-vous déjà caressé une belle mélongène? Avez-vous déjà laissé lentement glisser la pulpe de votre doigt pour en sentir la finesse et le velouté ? Sa peau brillante et lisse est étonnante de douceur et de fermeté, sa robe améthyste profond protège une chair légère et absorbante qui ne demande qu’à se gorger de la meilleure huile d’olive pour en favoriser la cuisson lente et goûteuse, préparant une fête des sens…
« al-bâdinjân » ( ) en arabe puis mélongène en latin, melanzana en italien, elle répond également aux doux noms de brindelle à la Réunion et de bélangère aux Antilles, et patlican en turc où elle trône en reine dans la cuisine ottomane. Qui est-elle ?

HYPNOSE DÉTOURNÉE ET EMPRISE FLASH. NOUS DEVONS DIRE NON. Yves HALFON

Le mot « hypnose » est noble », mais il y a des manières « inacceptables » d’utiliser l’hypnose. Voici quelques réflexions sur la survenue médiatique de l’hypnose de rue, de l’hypnose « flash » et de l’utilisation malencontreuse de ces pratiques par des individus sûrement ignorant de la dangerosité de ces méthodes sur les personnes. A propos de l’utilisation inappropriée et choquante de l’hypnose par les hypnotiseurs de rue et de music-hall, et avec parfois la complicité naïve des sujets victimes de cette manipulation, nous pouvons dire qu’il se crée une relation perverse, qui pourrait être préjudiciable à la personne qui se prête au jeu du manipulateur.

Dr Thierry Servillat

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