Conduites addictives (tabac, alcool) : l’hypnose à la rescousse

h&tb38-110Par Elisabeth LAFONT – Médecin à Salon de Provence. Ancien conseiller médical à la Direction Générale de l’ARS de Corse.

Longtemps sous-estimée, l’utilité de l’hypnose en addictologie apparaît de plus en plus évidente et attire l’attention des acteurs de santé publique.

DÉFINITION DE L’ADDICTION

Le concept d’addiction se définit par un état dans lequel tout le comportement se focalise sur la production d’une satisfaction (et la disparition de sensation aversive), avec une incapacité de le maîtriser et son maintien en dépit des conséquences délétères. Il regroupe les addictions aux substances et les addictions comportementales.

L’addiction implique une succession de neuroadaptations aboutissant à une reprogrammation de circuits neuronaux impliqués dans le plaisir et la motivation, la mémoire, le conditionnement, les fonctions exécutives, le jugement, le contrôle de soi et la réaction au stress. Elles entraînent des modifications complexes dans les fonctions psychologiques et dans le comportement. Des facteurs génétiques, développementaux et envi ronnementaux influencent le décours et la sévérité du processus.

La consommation compulsive et pathologique de drogue entraîne donc une altération de la plasticité du cerveau (avec la suppression de la dépression à long terme ou DLT) qui lui permet normalement de développer de nouvelles traces mnésiques et donc d’adapter le comportement.

L’addiction est un exemple de pathologie de la motivation et de la récompense. Au niveau neurobiologique, l’administration de différentes substances psychoactives (ou la répétition de certains comportements) augmente de façon explosive la libération de dopamine, mais aussi la libération des endorphines (avec l’alcool, par exemple, ou dans le comportement de sport addict). Toutes ces substances stimulent donc le circuit de récompense, le « centre du plaisir ».

Par ailleurs, on observe au niveau neuro-imagerie dans les mécanismes de dépendance, l’importante sollicitation des structures méso-cortico-limbiques (système hédonique, axe dopaminergique), du noyau accumbens et des voies dopaminergiques. Ces régions du cerveau sont également impliquées dans la thérapie par l’hypnose.

QUEL EST L’APPORT DES TECHNIQUES D’HYPNOSE MÉDICALE DANS LA PRISE EN CHARGE DES PATIENTS ADDICTS ?

« L’hypnose est un moyen de communiquer au malade des idées et une compréhension de lui-même, de telle manière qu’il sera particulièrement réceptif aux idées présentées » (Milton Erickson, Congrès international d’hypnose, Paris, 1965).

L’hypnothérapie est une technique de médecine non allopathique, une thérapie complémentaire, alternative ou adjuvante. Elle permet d’avoir un autre regard, un autre angle d’approche, de la perspective par rapport à sa problématique.

Elle est utilisée comme une thérapie dans la prise en charge en addictologie, et ce dès 1900 (« La méthode par suggestion hypnotique est la méthode par excellence pour le traitement des ivrognes»).

Des études prouvent son intérêt ; elles sont parfois discutables en terme de méthodologies, car difficilement réalisables. Le domaine psychosocial est plus facile à évaluer qualitativement que quantitativement, et la technique par l’hypnose est souvent patient et opérateur (thérapeute) dépendante.

Par ailleurs, l’absence de motivations de recherche des laboratoires pharmaceutiques s’explique car elles sont financièrement peu intéressantes en termesde retombées et de rentabilités ultérieures.

Cependant, malgré tous ces écueils, de nombreuses études existent et la recherche demeure prolifique.

Les voies de recherche pharmacologiques sont prometteuses, par la connaissance du « circuit de la récompense ». La personne addict poursuit un objectif initial de plaisir et souhaite revivre ses sensationsde bien-être, de jouissance voire de plénitude, avec le souvenir d’avoir éprouvé à un instant « t » un état quasi orgasmique (le flash). L’usage répété du produit ou du comportement viendra ensuite.

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