Hypnose médicale : Douleur et difficultés motrices

une43-200Par le Dr HENRI BENSOUSSAN: Anesthésiste réanimateur. Formé à l’hypnose à l’AFEHM. Formateur au DU d’Hypnose médicale de la faculté de médecine de Lille. Formateur à l’AFEHM.

« L’homme n’est jamais plus semblable à lui-même que lorsqu’il est en mouvement. » Le Bernin

Quel bilan faire de seize années de consultations d’hypnose médicale orientées vers la douleur chronique et les difficultés motrices ?

Nous proposons de distinguer deux groupes de patients. Le premier groupe qui, une fois le diagnostic posé, se sent rejeté par des phrases du style : « je ne peux rien pour vous » ; « votre état va se dégrader » ; « vos douleurs sont inévitables »… Ainsi un patient rapporte les propos du chirurgien qui l’a opéré deux fois : « Mon travail a été bien fait, je ne peux plus rien pour vous. » Cette réflexion lui fait plus mal que la douleur. Le deuxième groupe de patients venu consulter après une prise en charge allant de quelques mois à quatorze ans.

L’hypnose nous a appris l’importance de l’alliance thérapeutique. Prendre le temps nécessaire est la première règle. La qualité de l’écoute est la seconde. Donner la parole au patient le surprend : son avis passe avant celui des soignants dont il transporte comptes rendus et imagerie. Le patient occupe le premier rôle, narrateur d’une histoire qu’il connaît bien. Il raconte ce qu’il a vécu.

L’étape suivante est l’orientation thérapeutique : le moment où le soignant peut modifier la compréhension du patient.

Ceci documente le thérapeute sur quatre éléments importants : les circonstances du début du problème ou du traumatisme, l’histoire parfois longue du diagnostic, l’évolution des différentes thérapies et les répercussions sur la vie du patient. Le scénario écrit, nous voyons comment le patient l’interprète en fonction de ses connaissances, de ses échanges avec les autres soignants ou d’autres patients, de son vécu et de celui de ses proches. Rappelons qu’« une perception est par essence le résultat d’une interprétation personnelle sur des informations sensorielles » (Berquin, 2016). Sans doute trouve-t-on ici la raison pour laquelle il existe parfois un grand décalage entre l’importance de la lésion et l’intensité de la douleur exprimée, et pourquoi le contexte lors de l’expression de la plainte est important. Le patient qui sent la relation thérapeutique sécurisante peut livrer des informations qu’il avait tues auparavant. Se dévoilent alors le savoir et le langage du patient que le thérapeute utilise pour être congruent. L’absence de jugement renforce la liberté d’ex- pression du patient qui en prolongeant son discours commence à parler et à dévoiler ses ressources. Il s’éloigne de la plainte.

L’étape suivante est l’orientation thérapeutique : le moment où le soignant peut modifier la compréhension du patient. Le soignant recourt aux données de la science et des neurosciences. Le langage du patient sert d’outil de communication. Troubles du sommeil, déconditionnement à l’effort, modifications de l’humeur, troubles de l’attention, modification du système nociceptif, effets secondaires des médicaments seront également abordés.une43-120

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Hypnose, médecine générale, sommeil

Ouvrir le champ des possibles. Sophie Cohen
Nous nous retrouvons avec plaisir en cet automne. Ce numéro de la Revue fait la part belle à la Médecine fonctionnelle. Henri Bensoussan et les auteurs de ce dossier thématique nous présentent l’actualité et les possibilités de l’utilisation de l’hypnose et des thérapies brèves dans ce secteur de la médecine où les croyances tricotées avec les limitations corporelles peuvent faciliter ou entraver la reprise des activités, la pour-suite de la vie dans son ensemble chez nos patients.

 

Hypnose, médecine générale, sommeil
Danser avec le patient : l’accordage pour soulager douleur, souffrance. Dr Olivier Debas
Les cas cliniques de soulagement de la douleur et de la souffrance qui suivent, et leurs commentaires, illustrent la pratique libre et tranquille d’Olivier Debas. Quatre cas cliniques comme les quatre directions possibles de remise en mouvement. Alice a 20 ans et souffre de douleurs chroniques depuis deux ans. Initialement localisées au niveau du genou gauche, elles se sont étendues à l’ensemble des membres inférieurs puis au rachis lombaire.

 

Hypnose, médecine générale, sommeil
La patiente récalcitrante: sortir du burn-out. Marie-Clotilde Wurz
Avec beaucoup de sincérité, Marie-Clotilde, psychologue, nous livre la façon dont elle a utilisé l’hypnose pour ouvrir vers de la nouveauté. Je suis psychologue clinicienne et hypnothérapeute. J’ai fait le choix de travailler essentiellement en cabinet libéral et d’avoir en parallèle des activités d’enseignement pédagogique et universitaire ainsi que des groupes de parole.

 

Hypnose, médecine générale, sommeil
La perception de l’hypnose par les patients hémodialysés. Dr Catherine Lasseur
L’hémodialyse mobilise le patient pendant de longues heures, trois fois par semaine. Au travers de cet article, le Docteur Lasseur nous fait part des résultats d’une enquête sur la façon dont l’hypnose est appréciée par ces patients. ’insuffisance rénale chronique termi- nale nécessite le recours à des techniques de suppléance du fonctionnement des reins, parmi lesquelles l’hémodialyse.

 

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La qualité de vie des patients. Un protocole de recherche. Carole Maurer
Évaluer l’intérêt de l’hypnose dans les douleurs induites par la chimiothérapie. Passionnées par la découverte des possibilités de l’hypnose, c’est avec enthousiasme qu’avec mes collègues nous avons mis en application nos rudiments. Rapidement, il nous est apparu que les moyens hypnotiques à notre disposition allaient changer beaucoup de choses dans notre métier. Mais il nous avait été enseigné toute la pertinence de « l’œil du débutant », un regard ouvert et curieux.

 

Hypnose, médecine générale, sommeil
Hypnose et rééducation. Dr Henri Bensoussan
Hypnose et rééducation, le rapprochement a été effectué il y a longtemps par le jeune Milton H. Erickson, lors de son second épisode de poliomyélite. L’anecdote est connue : condamné à mourir à cause de ses paralysies, il va vivre, condamné à ne plus pouvoir marcher, il va marcher. C’est en puisant dans la mémoire de son corps, en retravaillant les automatismes qui nous font bouger, en utilisant ses souvenirs de mouvements qu’il va progressivement se remettre en mouvement et repartir dans le flux de sa vie.

 

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Hypnose en rééducation pédiatrique. Bénédicte Ansel et Dr Cécile Mareau
En pratique, pendant une séance de rééducation, le kinésithérapeute intègre l’hypnose conversationnelle lors de moments bien précis : massage, mobilisation. Il peut également proposer des séances d’hypnose formelle en dehors des séances de rééducation. Il profite ensuite des séances de rééducation pour reprendre les mots employés par l’enfant, ses métaphores, et ancrer les modifications en hypnose conversationnelle.

 

Hypnose, médecine générale, sommeil
Hypnose médicale : Douleur et difficultés motrices. Dr Henri Bensoussan
Quel bilan faire de seize années de consultations d’hypnose médicale orientées vers la douleur chronique et les difficultés motrices ? Nous proposons de distinguer deux groupes de patients. Le premier groupe qui, une fois le diagnostic posé, se sent rejeté par des phrases du style : « je ne peux rien pour vous » ; « votre état va se dégrader » ; « vos douleurs sont inévitables ».

 

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Faire corps ou cicatriser avec l’hypnose. Dr Patrick Bellet
En matière de rééducation et d’hypnose, le propre cas d’Erickson est exemplaire. Extrait de l’article « Autohypnotic experiences of Milton H. Erickson », de 1977, qui parut sous la forme d’un dialogue avec Ernest Rossi. Rossi : « Dans vos expériences d’auto-réhabilitation entre 17 et 19 ans, vous avez appris de votre propre expérience que vous devriez utiliser votre imagination pour obtenir les mêmes effets qu’un effort réel. ».

 

Hypnose, médecine générale, sommeil
AVC, intérêt de l’hypnose. Revue de littérature
L’hypnose a fait ses preuves dans la gestion de la douleur et de la souffrance psychologique, entrant dans les centres de rééducation. L’arrivée de la pratique de l’hypnose dans des équipes pluridisciplinaires a ouvert des perspectives sur la prise en charge d’autres pathologies, notamment neurologiques. Il n’existe pas d’étude à notre connaissance spécifique à l’hypnose en rééducation neurologique.

 

Hypnose, médecine générale, sommeil
Métaphores possibles dans le SDRC. Dr Philippe Marchand
Le syndrome douloureux régional complexe est une pathologie dont le diagnostic est évoqué devant des suites opératoires inhabituellement douloureuses. Ce syndrome, parfois appelé algodystrophie, entraîne une impotence, des troubles trophiques et vasomoteurs : œdème, modification de température et d’aspect de la peau. Les appellations évoluent au cours des années et de la compréhension de cette pathologie.

 

Hypnose, médecine générale, sommeil
« Je viens vous voir, y’a rien qui marche ». Dr Stefano Colombo
Cela commence bien ! Ce verbe, marcher, est omniprésent et utilisé un peu dans toutes les sauces. A la sauce mécanique quand vous vous décarcassez avec un ustensile qui ne veut pas démarrer, à la sauce militaire avec l’ordre de marche, à la sauce numérique quand votre ordi refuse de quitter le bug. Vous êtes en surpoids ? Vous vous précipitez pour savoir si le régime X,Y,Z marche pour maigrir.

 

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Le temps de l’été. Sophie Cohen
Il était une fois l’été… Il a été… Il était ce temps attendu, ce temps de la vacuité… le temps où on le prend, on le sent… Un temps de vacances, d’ouverture pour voir, un temps pour respirer, du temps pour trouver, à moins que ce ne soit pour retrouver ? Le temps d’aller au rythme du temps. Avec ces longues journées où le soleil est souvent en complet de soirée… Flâner dans le beau temps où l’on sent les chants d’oiseaux, le bruit des vagues, les symphonies du vent qui parcourent les fibres des corps.

 

Hypnose, médecine générale, sommeil
Dans le mouvement. Dr Adrian Chaboche
Cette rubrique est destinée à partager des expériences cliniques en quittant l’installation statique de nos habitudes de pratiques. Ouvrons-nous aux champs des possibles, dans le mouvement. Celui du patient et le nôtre. Car il existe une représentation très ancrée de l’hypnose figée, immobile. L’image du patient hypnotisé assis, parfois allongé. Se taire pour mieux s’entendre, ne faire rien pour retrouver l’action : l’hypnose est tout sauf l’immobilisme.

 

Hypnose, médecine générale, sommeil
Rencontre avec Guillaume Martinet, jongleur. Dr Dina Roberts
Dina : Mon envie de travailler avec toi est née quand je t’ai vu sur scène. Ce qui me fascinait n’était pas seulement ton niveau technique, mais surtout ta présence. Tu parvenais, en jonglant, à captiver l’attention de toute la salle. Et si dans le public un bébé pleurait, tu réagissais immédiatement, avec la réactivité d’un animal, tout en continuant à jongler. Je te sentais à la fois entièrement plongé dans ce que tu faisais tout en restant ouvert, extrêmement sensible à l’environnement.

 

Hypnose, médecine générale, sommeil
Gaston Brosseau, psy non classique. Dr Gérard Fitoussi
Gaston Brosseau propose une lecture de son parcours. Je lui propose des mots extraits de son univers. Solitude. C’est le mot qui me vient lorsqu’on m’interroge sur ma conception de l’hypnose. J’ai osé, depuis plus de trente- cinq ans, établir une géolocalisation de l’hypnose en dehors de toute la cartographie classique en m’autorisant toute la liberté nécessaire pour la rendre accessible à tout le monde.

 

Hypnose, médecine générale, sommeil
Hypnose et acupuncture en anesthésie. Dr Jean-Michel Hérin
Par le Dr Jean Becchio. Jean-Michel Hérin, confrère formé en hypnose ericksonienne par Claude Virot, nous offre un bouquin agréable à lire dans lequel il évoque et décrit le lien qui unit les espaces, en apparence différents, de l’hypnose et de l’acupuncture. Expert dans les deux domaines, le Dr Hérin illustre son bel ouvrage de cas cliniques et de réflexions sur les mécanismes, communs et particuliers de ces deux approches.

 

Hypnose, médecine générale, sommeil
En mouvement. Une vie. Christine Guilloux
Oliver Sachs s’était déjà livré dans Oncle Tungstène où il nous avait embarqués en sa passion pour la chimie, sa fascination pour les métaux, ses explorations de l’ordre caché des choses. Une première autobiographie qui nous avait déjà familiarisés à ce parcours d’une passion scientifique, étayée d’anecdotes et d’illustrations des découvertes scientifiques en chimie inorganique des XVIIIe et XIXe siècles.

 

Hypnose, médecine générale, sommeil
« Interventions et thérapies brèves : 10 stratégies concrètes. Crises et opportunités »
Article écrit par Sophie Cohen. Nous retrouvons ici cinq auteurs : Yves Doutrelugne, Olivier Cottencin, Julien Betbèze, Luc Isebaert et Dominique Megglé, appréciés pour leur approche clinique pragmatique des situations. Dans leur dernier ouvrage tout juste paru, intitulé : « Interventions et thérapies brèves : 10 stratégies concrètes. Crises et opportunités », ils présentent l’utilisation des outils de thérapies brèves.

 

Hypnose, médecine générale, sommeil
Je ne pense pas donc je suis. Christine Guilloux
Colloque « Hypnose et créativité, aux frontières de la conscience ». « Hypnose et créativité, aux frontières de la conscience », une journée menée tambour battant, riche d’histoires, d’expériences, de questions sans réponses, de réponses sans questions là où Charcot a fortement contribué à la recherche médicale. Une journée tonique, brillamment orchestrée par le Dr Eric Gibert et le Pr Bruno Fautrel, Service de Rhumatologie & CETD au CHU de La Pitié-Salpêtrière, le 16 juin dernier.

 

Hypnose, médecine générale, sommeil
Hypnose, médecine générale, sommeil. Drs Adrian Chaboche et Lauriane Bordenave
Pour ce numéro, nous vous présentons un travail national particulièrement intéressant, et dans la continuité de l’article de Daniel Quin au précédent numéro, une récente étude portant sur le sommeil. Cordi M.J., Hirsiger S., Merillat S., Rasch B., « Improving sleep and cognition by hypnotic suggestion in the ederly », Neuropsychologia 69 (2015), pp. 176-182. Cette étude clinique s’est intéressée aux effets de l’hypnose sur le sommeil et sur les facultés cognitives du sujet âgé

 

Hypnose, médecine générale, sommeil
La douleur ou la souffrance ? Dr Jean-Marc Benhaiem
Lorsqu’une personne est confrontée à un soin potentiellement douloureux, elle est en réalité, confrontée à la souffrance. La médecine clive la perception de la douleur en différentes composantes : émotionnelle, sensori-discriminative, cognitive et comportementale. En morcelant l’expérience de la douleur, il devient possible de mieux comprendre où se situent les difficultés.

Récits et formes en douleur chronique. Revue Hypnose & Thérapies Brèves 33

hypnose-therapies-breves-33-110Par Fanny MILLER, avec la contribution de Pierre-Henri GARNIER

L’ACTEUR RÉSEAU « HYPNOSE »

Non seulement écouter le patient douloureux chronique, mais observer son langage lorsqu’il raconte sa rencontre avec l’hypnose. Tel a été le sujet d’une recherche menée par une jeune psychologue avec l’aide d’un logiciel d’analyse de mots.

RENCONTRE D’UNE JEUNE PRATICIENNE AVEC L’HYPNOSE

J’ai débuté ma formation à l’hypnose au sein de l’Institut Milton H. Erickson de Belgique (IMHEB) après un stage en Psychiatrie de liaison. Pendant près d’un an, j’ai pu suivre les débuts de mon psychologue référent dans sa pratique de l’hypnose. Comme lui, j’ai pu me rendre compte, par mes différents stages dans des services de soins somatiques, que le corps, avec ses manifestations symptomatiques, semble parfois faire « obstacle à la parole ».

Il s’agit donc de pouvoir intégrer le corps dans notre pratique ; une approche psychocorporelle, une méthode qui appréhende la personne à la fois dans sa dimension psychologique et corporelle. Alors que dans mon cursus universitaire je me formais à la psychologie clinique d’orientation analytique, je me retrouvais face à cet « objet mystérieux», l’hypnose. Précisons que sous l’angle de l’anthropologie symétrique, je propose au lecteur d’appréhender les mots au moyen de la métaphore de l’acteur-réseau. Dès lors, « hypnose » entrait dans ma vie professionnelle.

Je découvrais sur mon lieu de stage l’usage social de ce terme et la pratique auprès des patients douloureux chroniques… Avec mes représentations et croyances propres, le paradigme psychanalytique, et l’essai d’intellectualisation défensive, je découvrais certains effets très surprenants de cet acteur non-humain « hypnose » avec fascination et préoccupation… Puis, après ma formation à l’IMHEB, stagiaire psychologue dans un Centre d’Evaluation et de Traitement de la Douleur (CETD), je montais seule en selle et me retrouvais à tenter de manier l’outil « hypnose », et ce dans un réel travail et processus d’intégration.

En quête d’intégration, l’articulation des modèles de la psychologie clinique, de l’hypnose et de la douleur chronique au sein d’une même pratique ne fut d’emblée pas chose aisée. Débutante et pas très assurée, il me fallut alors travailler non seulement la « technique », mais également les représentations et croyances des patients eux-mêmes. Quelles images et représentations ont les patients de « hypnose » ?

Et l’on sait combien la représentation sociale de l’hypnose influence sa connaissance et sa pratique, et contraint le praticien en hypnose à en tenir compte (Michaux, 2005). Qu’en était-il, justement, du côté du patient douloureux chronique, de sa rencontre avec l’hypnose ? Comment mobilise- t-il l’acteur-réseau « Hypnose » ?

ILLUSTRATION : LE VAGOK OU LA DENSIFICATION DE L’ACTEUR-RÉSEAU « HYPNOSE»

Madame C. consulte au CETD dans le cadre de céphalées chroniques. Elle se présente à ma consultation en me disant que son médecin lui aurait dit de « tenter les techniques d’hypnose et de détournement d’attention ». En ce qui la concerne, elle m’explique : « Vous savez, je suis prête à tout essayer, vraiment. D’ailleurs, je crois plus en vous qu’à certains rebouteux de la région. Mais après, je ne sais pas si je sais faire ça, moi, l’hypnose. Ma belle-fille m’a dit que je n’y arriverai pas parce que je ne sais pas lâcher-prise. J’ai déjà essayé la relaxation, mais je n’ai pas supporté…»

Après une tentative de « démystification de l’hypnose », lors de notre seconde rencontre, j’invite simplement la patiente à explorer les moments de bien-être ou s’apparentant à un quelconque lâcher-prise, selon elle. Cette dernière me rapporte le récit de ses dernières vacances chez son fils, installé en Guyane avec ses deux petites-filles. Je l’interroge plus précisément sur les détails du jardin dans lequel elle se souvenait avoir vu les deux fillettes rire, jouer et nager : le bouquet parfumé de la terrasse, la couleur de ce petit oiseau particulier qu’elle découvrait, les traits détendus du visage des petites filles, la sensation des éclaboussures de l’eau fraîche de la piscine sur sa peau particulièrement chaude. Les mots s’associent tel un réseau d’acteurs (jardin, piscine, vacances, terrasse, oiseau, éclaboussure, eau fraîche, etc.). Chaque acteur peut être une fenêtre ouverte sur une ressource hypnotique plus large. Madame C. tente de mettre en mots les sensations corporelles ressenties et émotions associées à ce souvenir.

En fonction du para-verbal, je l’accompagne vers la densification de son réseau de signification. Certains mots sont comme des chemins relationnels vers davantage d’alliance et de qualité de présence à soi-même (aussi bien du côté du patient que du thérapeute). Le filet de sécurité se tisse tout simplement !

Dans le sillage de ce travail associatif, elle se surprend elle-même à vouloir fermer les yeux et décrire le détail de ces éléments. Après le retour de ce « voyage làbas», Madame C. me demande si « c’est ça l’hypnose ? ». La questionnant sur ce qu’elle a pu ressentir, et décrivant les signes de dissociation, nous concluons que ça peut-être « ça » son hypnose. Ravie, elle se félicite d’avoir « pu le faire ». On est ici passé d’un « « ça » fait peur, « ça » questionne» à un « « ça » ressource, « ça » fonctionne ». C’est pourquoi, lorsque je demande à certains patients dix mots associés à l’hypnose, certains iront jusqu’à associer des éléments particuliers de leur lieu « ressource », tels que « volière, oiseau, football… ». La reprise de ces signifiants langagiers singuliers au cours du processus de dissociation me paraît conditionner le succès de cette dernière.

RÉSUMÉ DE LA RECHERCHE

Dans le cadre de notre dernière année de formation de psychologues, nous avons été amenées à conduire une recherche-action. Cette modalité de recherche avait pour objectif de nous faire expérimenter à la fois les rôles d’acteurs et de chercheurs apprentis. Il s’agissait d’orienter la recherche vers l’action, puis de ramener l’action vers des considérations de recherche. Nous nous sommes ainsi intéressées au récit de la rencontre du patient présentant une douleur chronique avec l’hypnose.

L’intérêt de cette étude portait sur le récit narratif de cette rencontre singulière avec l’hypnose, à la représentation qu’il s’en fait, et au discours qu’il tient sur cette pratique. Il s’agissait de repérer les réseaux de mots associés à l’acteur et signifiant langagier « hypnose ». L’on sait en effet que le « mot « hypnose » attire et fascine, et la seule représentation sémantique du mot a déjà un effet suggestif (Mouchès, 2008). Nous avons tenté d’appréhender les questions suivantes : comment l’acteur-réseau « hypnose » se conceptualise chez les sujets, et plus particulièrement chez les personnes souffrant de douleurs chroniques ? Quel sens cette rencontre a-t-elle pour le patient ? Quelle place l’hypnose a-t-elle à travers ce récit ?

Quelle appropriation de cette « technique » ou de cette expérience dans sa vie ? Plus largement, comment le récit du patient apporte un éclairage sur la pratique de l’hypnose, et quel est l’effet de celle-ci dans le cadre de la prise en charge d’une douleur chronique ?


FANNY MILLER

Psychologue clinicienne. Centre d’Evaluation et de Traitement de la Douleur et Unité de Psychiatrie de liaison du CHRU de Brest. Formation universitaire initiale psychanalytique, puis tentative d’intégration de différentes approches à l’Université de Nantes. Formation à l’hypnose au sein de l’Institut Milton H. Erickson de Belgique.


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Edito du Dr Thierry SERVILLAT, Revue Hypnose et Thérapies Brèves n°33thierry-servillat
QUI EST ÉRICKSONIEN ? C’est le printemps, et nous sommes en pleine effloraison éricksonienne ! De nombreux instituts éricksoniens divers et variés continuent de voir le jour, des livres éricksoniens de paraître, des sites de praticiens éricksoniens d’être mis enligne. Les éricksoniens en font des tonnes…Mille tonnes comme m’avait suggéré mon logiciel de dictée vocale à qui je m’étais confié au sujet du Magicien du Désert !

Les herbes folles. Dr Patrick BELLETdr-patrick-bellet
CONTRIBUTION À LA NATURE VÉGÉTALE DE L’HYPNOSE. Digressions à la manière d’un road-movie sur la pratique de l’hypnose, entre académisme et sérendipité. C’était une journée banale. Je devais me rendre dans un hôpital pour une conférence. Après un démarrage un peu matinal, la route départementale me mène de Vaison jusqu’à l’autoroute à Bollène. La routine. L’arrivée au péage. Ralentir, s’arrêter, prendre le ticket. La barrière qui se lève. Première, seconde, troisième.

Harcèlement professionnel
Lambrette-Gregory
Par Guillaume DELANNOY, Grégory LAMBRETTE. APPROCHE PRAGMATIQUE ET INTERACTIONNELLE. Voir autrement une situation bien souvent décrite en terme de blocage. Les auteurs nous proposent ici de considérer le harcèlement au travail comme une interaction dans laquelle la victime devient active et permet qu’un processus vivant modifie la donne.

Préparation mentale par la PNL. Guy MISSOUMguy-missoum
POUR PERFORMER PARFAITEMENT. Fille de l’hypnose, la PNL reste une pratique vivace dans certains domaines comme la préparation sportive. Spécialiste reconnu, l’auteur en présente les principaux outils utilisés. Développée initialement dans les domaines de la thérapie et de l’optimisation de la vie quotidienne, la PNL s’est très vite répandue dans l’univers de l’entreprise.

Musique et hypnose. Catherine ELIAT
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LA VOIE DU SON ? Aspirant à devenir « pianesthésiste », Catherine Eliat approfondit ici une méditation sur l’utilisation de la musique hypnose, particulièrement dans la prise en charge de la douleur aigüe chirurgicale. Un texte qu’elle fait progresser piano appassionata. Dès ma première formation à l’hypnose, en 2007, à Emergences avec Claude Virot, et alors que parallèlement je reprenais un contact intensif avec la musique, je me suis interrogée sur les liens entre la pratique de l’hypnose dans le soin, et la pratique instrumentale ou vocale des musiciens.

Milton Erickson. Penser à la main. Dr Thierry Servillatthierry-servillat
Juhani Pallasmaa est architecte et finlandais. Il vient de publier un livre dont le titre fait immédiatement écho à tout praticien utilisant dans son travail l’approche d’Ernest Rossi : La main qui pense. Original dans la forme (car abondamment illustré, comme notre revue, d’images en noir et blanc qui éclairent considérablement le propos), il l’est aussi dans son projet : « (…) souligner les mécanismes relativement inconscients de la pensée et de la création qui sont à l’oeuvre chez l’écrivain, l’artiste, l’artisan ou l’architecte ».

“Pour le moins”. Dr Stefano COLOMBO Quiprocquo, Malentendu et Incommunicabilité 33stefano-colombo
Pour le moins c’est clair !En moins de temps qu’il n’en faut pour le lire, j’ai eu la sensation, pour ne pas dire la conviction, que je vaux moins que zéro, à moins que…Prenons les mathématiques : moins et moins cela fait plus. Sauvé ! J’ai volé deux pommes, et la vieille dame s’est retrouvée avec deux pommes en moins, le lendemain j’ai récidivé. Elle avait encore deux pommes en moins, et moi, j’en avais quatre en plus. Simple non ? Moins deux et moins deux donne quatre.

Actualités scientifiques. Antoine BIOYAntoine-Bioy
Commençons par les actualités dans le soin. Kamen et coll. (2014) confirment l’intérêt de l’hypnose dans les nausées et vomissement liés à la chimiothérapie chez les patients atteints de cancer (avec l’avantage très formel de ne pas nécessiter de matériel et que le patient peut apprendre l’autohypnose et donc pratiquer seul). Toujours dans le cancer, une étude prospective de Paquier et coll. (CHU de Poitiers) montre l’intérêt d’une séance d’hypnoanalgésie accompagnant la photothérapie dynamique (traitement de lésions cancéreuses ou précancéreuses).

Milton Erickson.La réalisation du Magicien du déserthypnose-therapies-breves-33-110
Contributions de Roxanna ERICKSON-KLEIN, Alexander VESELY, Mary CIMILUCA. 
Traduction Thierry SERVILLAT.Le film Magicien du désert, réalisé par Alexander Vesely, est un film sur le Dr Milton Erickson. Il parle à la fois de l’histoire de cet homme remarquable, et des profondes impressions que celui-ci était capable de provoquer en un instant. C’est l’histoire de l’impact qu’il a eu sur des personnes et sur le métier psychothérapeutique en pleine évolution. Les personnes ayant cette capacité sont rares et leur propre histoire est singulière.

A propos du réseau « Hypnose et Maternité »armelle-touyarot
Par Isabelle BARGELE, Armelle TOUYAROT. Pourquoi un article d’information sur le réseau « Hypnose et maternité » dans la rubrique « billet d’humeur » ? Il semble que ce soit courant d’associer « humeurs » et maternité… Humeurs fluctuantes en raison notamment de leur rapport avec les hormones. Revenons au dictionnaire : Humeur : du latin humor, liquide. Disposition affective de base dont les variations entre une tonalité agréable (pôle du plaisir) et une tonalité désagréable (pôle de la douleur) seraient sous-tendues par une régulation neuro-humorale (Larousse).