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Mis à jour : il y a 10 semaines 1 jour

A l'Hôpital Robert Debré, l'hypnose entre au bloc

lundi 16 janvier 2012 - 01:46
Oubliez turbans, paillettes et autres artifices de foire. L’hypnose se pratique désormais en blouse blanche. A l’hôpital Robert-Debré (XIXe), une équipe d’infirmiers évalue les effets de cette thérapie alternative sur la douleur et l’anxiété de leurs plus jeunes patients, dans les conditions réelles du bloc opératoire.


D’ici à la fin de l’année, 120 enfants, de 10 à 18 ans, doivent participer à cette étude clinique inédite. Tous subissent des opérations des os, lourdes — elles durent environ quatre heures — et particulièrement douloureuses et anxiogènes. « Jusqu’ici, 90% des familles auxquelles nous avons proposé l’expérience nous ont répondu favorablement », notent les infirmières Nathalie Duparc et Karine Tiberghien, qui pilotent le projet.

Les patients sont répartis en deux groupes, de manière aléatoire : 60 feront une courte séance d’hypnose au bloc, juste avant l’anesthésie. Les autres non. » Dans quelques mois, l’unité de recherche clinique de l’hôpital analysera les résultats. Les statisticiens compareront l’anxiété et la douleur des 120 enfants, mais aussi leur consommation d’analgésiques, en particulier la morphine, ainsi que les éventuels effets secondaires de l’opération, comme les nausées.

Si l’heure n’est pas aux conclusions, le premier ressenti du personnel semble encourageant. « L’hypnose permet un endormissement en douceur, confie Anne Thiollier, une infirmière formée pendant deux ans à cette technique. Pour nous, c’est un vrai bonheur de voir le patient calme et détendu quand on lui pose le masque! » A chaque fois, après plusieurs réunions d’explications avec la famille, le jeune malade est mis à contribution pour imaginer un scénario agréable qui servira de base à la séance d’hypnose, le lendemain, sur la table d’opération. « Certains écrivent carrément un script, avec beaucoup de détails… Quand on leur raconte, on part avec eux! » note Philippe Tricaud, infirmier.

« L’idée, c’est qu’ils fassent abstraction de ce qui se passe autour, poursuit Karine Tiberghien. Ils entrent dans un état d’hyperconcentration, entre veille et sommeil. En évoquant des choses agréables, en jouant sur la respiration, on leur suggère du confort et du bien-être. » Ainsi, le petit Nicolas* s’est endormi dans une piscine de bonbons. La jeune Clothilde s’est rêvée sur un manège de Disneyland. Un autre a vogué sur une pirogue en Amazonie… « Nous ne sommes pas des hypnotiseurs, insistent les pros. Quelque part, ce sont les enfants qui font tout le boulot! On ne fait que les guider. »

Mais le bonheur est de courte durée. Les séances ne durent jamais plus de dix minutes, manière de ne pas perturber le planning et les procédures très cadrées des chirurgiens du bloc opératoire. « C’est une condition cruciale! note Anne Thiollier. Pour pouvoir la généraliser, la technique doit être simple, facilement reproductible et suffisamment rapide pour ne pas retarder le programme des interventions. » Les infirmiers participant à l’étude, pleins d’espoir, espèrent que leur travail « donnera des armes à ceux qui veulent implanter cette méthode de manière plus pérenne à l’hôpital ». A ce jour, sur les 700 infirmiers de Robert-Debré, une soixantaine a déjà été formée à l’hypnose.


* Les prénoms ont été changés.

Source: Le Parisien


Essai sur la Mémoire: vrais faux souvenirs, faux vrais souvenirs, souvenirs construits.....

lundi 19 décembre 2011 - 02:30
Laurent GROSS, Collège d'Hypnose Ericksonienne de Paris.Petit Essai sur la mémoire. Il y a de nombreuses années, à mes débuts, lorsqu’un patient avait comme revendication de « retrouver la mémoire d’un fait pour en guérir», j’avais tendance à lui faire un topo sur les « vrais souvenirs », « les faux vrais souvenirs », « les vrais faux souvenirs », les souvenirs construits.

Je me souviens que bon nombre de patients, bien que convaincus par mes démonstrations, s’en retournaient chez eux, penauds, frustrés de n’avoir pu trouver en moi, un thérapeute capable de « réparer cette mémoire ».

Souvent hélas, ils s’adressaient ensuite à des « praticiens » peu scrupuleux qui induisaient des scénarii .

Je me souviens de cette patiente, qui au détour d’une pseudo-consultation d’avec un pseudo-thérapeute, avait enfin mis un nom sur le visage de son violeur lorsqu’elle avait 9 ans : son oncle à la barbe fleurie comme Charlemagne. Cette patiente déposa plainte, toute la famille fut bien entendu au courant… L’oncle a été innocenté sur le champ, car jusqu’aux 18 ans de la petite, il était ….. en prison !

Et puis un jour, peut-être était-ce je crois, après une formation avec Betty Alice Erickson invitée à Rennes par Claude Virot, suis-je parti du principe que même si le patient nous amène comme « biscuit » un scénario de vrai faux souvenir, il faut le respecter et travailler avec.

Travailler avec, comme si ……
Comme si en l’aidant à (re)construire, à (ré)identifier, à (dé)consolider son scénario, on pouvait l’aider à aller mieux, à se reconstruire, à créer un scénario de vie plus positif pour le futur.

C’est alors, que l’approche en IMO, où le thérapeute ne va travailler que sur des images, des sensations, des émotions, des odeurs, des sons que lui amène le patient, et UNIQUEMENT sur ce qu’il lui amène, sans aucune induction, prends tout son sens.

En m’appuyant aujourd’hui sur un article de Laura Beil pour le New York Times, voici comment on peut appréhender quelques abords de la mémoire.


Pourquoi les récits des témoins oculaires sont-ils si rarement fiables ? Environ 75% des disculpations par analyse ADN concernent des affaires où les témoins oculaires se sont trompés.

Le problème vient en partie de ce que notre cerveau n’a pas le don de retenir quantité d’informations précises et qu’il est très sensible à la suggestion. « La mémoire d’un témoin oculaire, trop fortement sollicitée, est souvent défaillante », prévient Barbara Tversky, professeur de psychologie à l’Université Columbia à New York. « Un événement est si vite arrivé, et la police vous interroge sur des détails qui n’ont pas forcément attiré votre attention sur le moment ».

Des centaines d’études ont permis de dresser un inventaire des nombreuses circonstances susceptibles d’affecter l’enregistrement et la restitution d’informations, notamment le contexte émotionnel, la pression sociale et même les fioritures que l’on rajoute inconsciemment après coup. Nous avons généralement tendance à penser que la mémoire est comme un magnétoscope, mais en réalité, il s’agit bien plus d’un diaporama saccadé.

L’une des expériences les plus connues sur le caractère malléable de la mémoire a été réalisé par Elzabeth Loftus, professeur de psychologie à l’université de Californie à Irvine. En 1974, ella a montré à des volontaires des films montrant des accidents d’automobile sans gravité, ne comportant aucun bris de glace. On a ensuite demandé aux participants de jauger la vitesse des voitures au moment du « choc » - en non lors de la « collision ». Résultat : ils ont eu tendance à mentionner des débris de verre qui n’existaient que dans leur imagination.

Lors d’une étude publiée en 1999 par des chercheurs de Harvard, on a montré une vidéo où des personnes vêtues de noir ou de blanc se passaient un ballon de basket. Les sujets devaient compter le nombre de passes des joueurs en blanc. Une femme déguisée en gorille se promenait parmi les joueurs. La moitié environ des participants ne l’ont pas remarquée !

Nos yeux ne sont pas les seuls à se laisser distraire. Au cours d’un colloque de la société de psychonomie, une université de Londres a fait écouter 69 secondes d’enregistrement audio de deux hommes et deux femmes en train de préparer un fête. La quasi-totalité des participants ayant reçu pour instruction de se concentrer sur les voix féminines n’ont pas entendu un troisième homme répéter « je suis un gorille » 19 secondes durant.

Devant les tribunaux, les témoins oculaires croient dire la vérité. Mais des images du cerveau prises en pleine « remémoration » d’un événement imaginé montrent des similitudes avec ce qui s’y passe lorsqu’on s’attarde sur un souvenir bien réel. « C’est ce qui frappe le plus », note Daniel Schacter, professeur de psychologie à Harvard. Les images cérébrales montrent que pour un événement réel ou imaginaire, « nombre des structures impliquées dans l’encodage et la récupération sont les mêmes ».

Pour les scientifiques, l’objectif de la mémoire n’est pas seulement de conserver la trace de ce qui s’est passé, mais de proposer un scénario possible. Selon eux, nous n’avons pas lieu de retenir tous les aspects d’un événement. Pour éviter de nous égarer, trouver à manger ou savoir quoi faire en cas d’orage, un cadre général suffit.

Au cours d’une expérience réalisée en 1979, les sujets devaient choisir la représentation d’un penny sur une série de 15. Moins de la moitié a vu juste. Or, on demande souvent aux témoins de faire appel à leurs souvenirs avec la même précision.

Selon Elizabeth Phelps, psychologue à l’université de New York, lorsque l’attention sélective est mêlée à la peur, « on se souvient précisément de certaines choses ». Au cours d’une agression armée, les témoins se focalisent sur le canon d’une arme à feu ou la lame d’une arme blanche sans remarquer d’autres détails. Et parce qu’ils connaissent si bien les particularités de l’arme utilisée, en salle d’audience, ils paraissent confiants.

« Beaucoup pensent que si quelqu’un est affirmatif, il a forcément raison ».

Grands classiques de la police, les tapissages sont pourtant sources de nombreuses erreurs judiciaires. En septembre, Garry Wells, professeur de psychologie à l’université de l’Iowa, a publié un rapport selon lequel la probabilité de choisir un figurant plutôt que le suspect tombe de 18 à 12% lorsque la présentation est séquentielle. Lorsqu’elle est simultanée, « si le vrai coupable ne se trouve pas parmi les figurants, il y a toujours quelqu’un qui lui ressemble plus qu’un autre ».

Pour Donald Thomson, professeur de psychologie à l’université de Daikin en Australie, « il faudrait donner pour consigne de chercher quelqu’un qui ressemble à la personne aperçue, ou dont la voix rappelle le timbre entendu, et ensuite laisser les jurés trancher »…. Mais pas la tête du présumé coupable.

Ceci n'a que la prétention d'être un tout petit essai sur la mémoire, car la Mémoire s'écrit avec un grand Thème...